L'eau à Figuig ( les eaux )

 
. Définitions Foggara
. L'eau dans l'histoire
. Types de sources d'eau :
. Souagui
. Les répartiteurs ou iqoudass :
. Kharrouba
. Tighirte
L'eau à Figuig

Introduction :

Définitions 

L'eau à Figuig joue un rôle très important, pour l'homme comme pour la terre. L'oasis et l'histoire en sont témoin. En fait, les véritables importantes sources d'eau de Figuig sont celles dites artésiennes ; expliquées techniquement comme étant des eaux souterraines soumises à une pression suffisante pour que celle-ci les fasse monter au-dessus du fond d'une fissure ou ouverture dans la formation imperméable située au-dessus de la formation aquifère. Ce qui veut dire en toute simplicité ; Des eaux qui émergent (sortent) de la terre sans l’intervention de l’homme.

Ces sources d'eau sont exploitées par une technique dite "Foggara" ou "Foggaguir", ce sont des sortes de conduits pour l'écoulement des eaux, ou plus simplement des drains. Ces drains ou foggaguir se comptent par plusieurs – une trentaine - et ceci pour un maximum d'exploitations des ces eaux souterraines.

L'eau dans l'histoire de Figuig ( petit aperçu d'une vie mouvementée) :

Notons ici que l'essentiel de ces eaux artésiennes se situe dans la partie haute de la ville de Figuig, au-dessus du Jorf (un récif), qui sépare Qsar de Zenaga situé dans la partie basse du reste des autres Qsours. Ces derniers sont battus pratiquement sur le terrain englobant ces sources d'eau. Cette situation topographique était pour longtemps une des causes des conflits entre les Qsours de Figuig pour contrôler ces eaux. Ces conflits étaient très sanglants et ont plongé la ville dans un climat de haine et d'hostilité dans le but de monopoliser les sources d’eau. Ces événements macabres ont été cités maintes fois dans des ouvrages illustrant l'importance du contrôle des sources d'eau et les moyens utilisés pour y parvenir par le biais de la force et des armes blanches. Ce parcours, mal contrôlé par les habitants de Figuig, va prendre fin au début du 20ème siècle, avec le protectorat français.


Types de sources d'eau :

On peut distinguer plusieurs types de sources d'eau à Figuig :

- Les sources drainées par la technique Foggaguir.

- D'autres sources naturelles souterraines mais non exploitées en raison de leur situation frontalière avec l'Algérie : Jbel Taghla et Jbel El Melias.

- La plaine de Bagdad et la partie sud-ouest de Figuig (Barkoukess), disposent d'une nappe sub-superficielle exploitée par l'utilisation des puits à moto-pompes; ces eaux sont salinées.

- Les eaux superficielles à caractère sporadique ( existence : pas toujours mais continuellement ) : le cas de l'oued Zousfana et Tfilia ( Arlal ) .


Distribution d'eau d'irrigation à Figuig :

Après la Foggara vint le rôle des Souagui (vue générale) :

Seguia Figuig

Seguia Figuig

Seguia Figuig


La seguia (souagui pour plusieurs) est le moyen utilisé pour distribuer l’eau dès sa sortie des Foggagguir, elle est artificielle, donc construite par l’homme.
A Figuig, les souagui de nos jours sont presque toutes bétonnées, alors qu’il y’a juste quelques années (les années 90), on trouvait encore des souagui dites non bétonnées ; qui sont creusées dans la terre ou formées au niveau de la terre par un mélange de sable et de pierres. Les deux façons de faire ont chacune des conséquences, aussi positives que négatives. En effet, la seguia bétonnée conduit les eaux jusqu’à la cible à atteindre, pratiquement sans aucune perte d’eau, alors que la seguia non bétonnée (en terre) permet la dispersion d’une certaine quantité d’eau vers l’extérieure, donc le bénéficiaire (le propriétaire du jardin à irriguer) verra que la quantité qu’il a demandé, à diminuer.
Ce qui est déconcertant, c’est que des arbres et des palmiers vivaient de ces eaux dites perdues, alors que maintenant avec le bétonnage, le profit ce fait de moins en moins pour les plantes qui étaient sur le chemin des souagui.


Les répartiteurs ou iqoudass :

Seguia Figuig
Les quatre répartiteurs principaux qui distribuent l'eau de la Foggara de Zadderte (Ksar Zenaga)


Les répartiteurs ou comme on les appelle à Figuig « iqoudass », sont les premiers points qui reçoivent l’eau de la Foggara acheminée par les souagui.
Leur rôle est la distribution par part égale des eaux. Chaque répartiteur peut être connecté à n’importe quelle seguia principale par le biais d’un réseau complexe de conduits (voir la photo ci-dessus) selon le partage choisi.

Iqoudass ou ces répartiteurs, vu leur situation et leur construction, sont aussi utilisés par les habitants des Ksour comme des bains publics ou Hammam (gratuit, bien sûr)


Kharrouba et les parts d'eaux :

Kharrouba : constitue la plus simple part d’eau, sa période de débit est de 45 min.

L’instrument Kharrouba : est une montre dite hydraulique qui sert à mesurer le temps d’écoulement d’eau pour gérer les parts. Cet instrument est sous forme d’un récipient demi- sphérique en cuivre qui a un petit trou dans le fond.
Pour commencer la mesure, on place le récipient sur une surface d’eau, au fur et à mesure il commence à se remplir à travers le trou jusqu’à son écoulement, et par conséquent, la fin d’une part et le commencement d’une autre.
Cette technique de mesure était utilisée jadis, mais aujourd’hui une simple montre fait l’affaire.

Nouba (un tour) : est la période qui sépare deux parts pour une même personne, et qui peut aller de 14 jours minimum à 16 jours maximum à Figuig selon les Ksour et la Foggara.

Le Sraïfi : est la personne désignée par le ksar pour contrôler les parts d’eau et acheminer son parcours jusqu’à sa destination, cette personne est choisie selon les critères de confiance et de savoir-faire.


Evolution à Figuig ; de la Kharrouba à Tighirte :

Présentation de la problématique liée à la Kharrouba :

La Kharrouba exige la présence, au moment du tour (Nouba), de la personne concernée afin de commencer l’irrigation. Cette exigence cause bien évidement certains problèmes ; citons ici quelques-uns :
- La personne n’a pas besoin d’irriguer son jardin parce que la pluie de la veille ou des jours précédents la faite.
- Certains arbres du jardin n’ont pas encore besoin d’eau, évidement, l’excès d’irrigation peut nuire à la rentabilité de quelques plantes.
- Non-présence de la personne responsable de l’irrigation pour toute raison.
- Certaines personnes peuvent avoir leur tour après le coucher de soleil : difficulté de manœuvre dans la nuit (en général, les jardins à Figuig n’ont pas d’éclairage).

Solution :

Pour remédier à ces problèmes, les figuiguiens ont inventé une méthode de gestion d’eau, pour donner le contrôle à la personne et non à la Kharrouba et qui est : Le stockage des eaux dans des bassins « des Sehrijs ».
Cette façon de faire est très simple. Toute personne n’ayant pas besoin d’irriguer son jardin au moment de sa Kharrouba, peut acheminer ses eaux vers un bassin de stockage (il suffit de prévenir le Sraïfi). De cette manière on peut utiliser sa part d’eau à tout moment de l’année selon le besoin des jardins et selon les saisons.

Les Sehrijs :

Le Sehrij : est un énorme bassin qui sert au stockage des eaux. Il est sous forme d’une pissine. On en trouve plusieurs à Figuig et de différentes superficies (jusqu’à 150 m²) avec des hauteurs qui peuvent dépasser les 4 mètres. Les jeunes de Figuig s’en serrent aussi pour la natation.

Seguia Figuig

Tighirte : Le fait de rediriger les eaux vers des bassins(Sehrijs), va donner naissance à un nouveau terme pour designer le nouveau système d’irrigation : TIGHIRTE.

Techniquement ce terme représente « une unité de mesure de volume », et le débit d’écoulement d’eau de 45 minutes de la Kharrouba devient un volume de 34 m3 pour la Tighirte (cas de Zadderte – Zenaga), et l’outil utilisé pour mesurer n’étant qu’une règle graduée d’une manière précise par rapport aux dimensions du bassin de stockage.

Les nouvelles parts d’eau :

Pour que la personne puisse utiliser sa part d’eau, le Sraïfi vérifie continuellement les variations de la hauteur d’eau dans le bassin afin de déterminer le volume d’eau d’une part de façon correcte.